lundi 26 août 2013

Regardez, Mosieur Monet....



comme la Seine a Changé !
















Paris














Picasso, l'art et la révolution






De l'enfant de Malaga au jeune homme qui débarque au petit matin à Paris où il s'installera pour longtemps, du petit Pablo Ruiz Picasso qui, enfant, repoussait les limites du cadre jusqu'à ce que plus tard, il explose le cadre, y faisant entrer, comme par effraction le hors-champ, comment raconter l'une des œuvres majeures de l'histoire de l'art, une vie aussi remplie, bouillonnante, un engagement aussi tenace face aux tourments, et ils furent nombreux, de son siècle ?
Nous sommes retournés sur les traces de son enfance, dans sa ville natale de Malaga ; nous l'avons suivi à Barcelone, au temps d'une adolescence turbulente qui marque la période de la découverte des grands maîtres, Velázquez, Goya, lorsque sa mère, l'emmène, parfois, au Prado, à Madrid ; nous l'épions à Paris où, d'atelier en atelier, il s'impose, très vite, très jeune, il a à peine vingt-cinq ans, comme un des artistes majeurs de sa génération. A Paris, sa route croise celle des poètes, Apollinaire, Max Jacob, Eluard, Breton, Aragon, Cocteau, les frères Prévert. Chez les Stein et ailleurs, il se lie d'amitié avec Braque. Ensemble, ils comploteront dans leurs ateliers et de leurs conversations enflammées naîtra le cubisme, rompant avec le figuralisme par l'entremise d'une géométrie qui déploie autant d'angles droits que de césures inattendues dans la poésie surréaliste. Avec Matisse, il entretiendra une relation qui teint à la fois de l'admiration et de l émulation.
Picasso est plongé jusqu'au cou dans le grand bain intellectuel qui agite Paris lorsqu'éclate la Guerre d'Espagne. En 1937, la République espagnole lui demande une œuvre pour le pavillon espagnol pour l'exposition internationale qui se déroule à Paris. Il lit dans l'Humanité les reportages des envoyés spéciaux sur le front et découvre alors, horrifié, les photos du massacre de Guernica, la petite ville basque bombardée par l'aviation allemande et italienne. Picasso peint « Guernica » en quelques semaines, dans un compte-à-rebours qui tient à la fois de l'urgence, de la colère et d'une tristesse profonde. Ces personnages figés dans la mort en noir et blanc subjuguent, déconcertent et provoquent une onde de choc universelle.
Après la guerre, Picasso s'installe dans le sud de la France. Il ne retournera jamais dans son pays. Du côté de Vallauris, d'Antibes, Picasso plonge à bras ouvert dans tous les bleus que déclinent un paysage aussi sauvage que celui de son enfance ; ceux de la ; les bleus célestes foudroyants ; le sol y sombra dont il retrouve les sensations, les émotions en fréquentant assidument les arènes de l'arrière-pays.
Picasso ne cesse de peindre, d'inventer, de réinventer pour mieux se rappocher des maîtres de son enfance, pour mieux les transcender. Communiste, il est d'une générosité sans faille à l'égard de ses camarades. Il peint des Unes pour l'Huma, l'Huma-Dimanche, le Patriote… Il est devenu un géant de la peinture, un monstre mais dans son œil bleu, pétille le désir, la vie, l'amour. On en aura jamais fini avec le Mystère Picasso…
Un lieu-une histoire 

Vallauris L’inauguration interdite du Temple de la paix, de Picasso


Un « lieu païen consacré au seul 
culte qui devrait unir tous les hommes », c’est ainsi que Picasso imaginait, dans 
les années 1950, 
son Temple de la paix, 
à Vallauris, village 
des Alpes-Maritimes
 où il résidait 
et travaillait alors.
En pleine guerre froide, après avoir peint Massacre en Corée, l’auteur de Guernica et du Charnier rêve maintenant, autour de l’une de ses œuvres futures, d’une grande fête de la paix à Vallauris, où il réside et travaille depuis 1948. Pour créer ce « lieu païen consacré au seul culte qui devrait unir tous les hommes », Pablo Picasso a en vue une chapelle romane désaffectée que la municipalité communiste voudrait transformer en salle d’exposition. Il y fait transporter la sculpture l’Homme au ­mouton, en attendant son ­érection sur la grand-place toute proche, puis il propose une décoration de la chapelle : « D’un côté, il y aura la guerre, et de l’autre, il y aura la paix. »
Picasso se met alors au travail en 1952, dans l’atelier du Fournas à Vallauris, avec la seule ­assistance de son fils Paulo, pour donner naissance à une grande fresque réalisée sur des panneaux d’Isorel et baptisée la Guerre et la Paix. Trois cents dessins préparatoires sont nécessaires. « Peindre la guerre après ce que nous savions tous, c’était facile, dit-il. Mais peindre la paix, c’est bien plus difficile à imaginer ! À côté de la musique, de la danse, de la maternité, des enfants, il fallait inventer des images fortes, inconcevables. Alors, j’ai fait nager des oiseaux, voler des poissons, j’ai fait labourer la mer à Pégase, semer le blé dans le soleil et pousser des oranges dans le jardin des Hespérides. J’ai essayé de représenter ce que pouvait devenir un monde sans guerre, comme je le sentais, avec des images. »
La version définitive de la Guerre et la Paix est présentée en mars 1953, lors d’une rétrospective organisée à Rome. En février 1954, ­l’immense composition est définitivement installée dans le narthex de la chapelle de Vallauris. Rien ne s’oppose dès lors à son inauguration. Mais celle-ci n’aura lieu que cinq ans après ! Des raisons d’ordre privé entraînent d’abord quelques ­retards. Puis, ce sera l’épineuse question de la sécurité de l’œuvre, la chapelle donnant directement sur une place publique. On décide alors de murer la porte principale et de faire passer le public par la cour intérieure. Mais comment masquer ce nouveau mur qui venait rompre l’harmonie de l’ensemble ? La réponse ne pouvait venir que du maître, qui dut peindre un dernier panneau entre les deux arches de la composition.
Georges Salles, directeur des Beaux-Arts, ami de Malraux et de Picasso, propose alors de faire de la chapelle et de son narthex une antenne de la direction du Musée national d’art moderne. Ainsi, il assurerait la pérennité de l’œuvre dans la commune, tout en la rattachant aux musées nationaux.
Mais le temps passe, la guerre d’Algérie succède à la guerre d’Indochine. Au printemps de l’année 1958, en pleine crise politique, il est cependant décidé d’en finir avec cette situation hybride d’un musée national toujours fermé, mais où les visites privées sont de plus en plus nombreuses. L’inauguration est alors fixée au 30 juin 1958, sous l’égide du Mouvement de la paix. Frédéric Joliot-Curie, président du Conseil mondial de la paix, l’académicien Jean Cocteau, le peintre italien Renato Guttuso et le dirigeant du PCF Laurent Casanova devaient présenter l’œuvre au public. Mais, deux jours avant la date annoncée, le gouvernement fait interdire la cérémonie sous de futiles prétextes de sécurité, menaçant, si l’interdit n’est pas respecté, de faire intervenir les CRS ! L’évocation des horreurs de la guerre n’avait sans doute pas l’heur de plaire à ce gouvernement et à des généraux qui s’enfoncent dans la « pacification » de ­l’Algérie. Conscients de leurs responsabilités, les organisateurs refoulent leur colère et, après avoir consulté Picasso, décident d’annuler l’inauguration.
Les protestations sont nombreuses auprès d’André Malraux, ministre de la Culture du général de Gaulle, revenu aux affaires. Rien n’y fait. Picasso est furieux. Il décide sur-le-champ de démonter le dernier panneau, celui de la Ronde des peuples. Achevé quelques semaines auparavant, il ne figurait pas dans la donation à l’État. Il faut alors passer par un compromis. Il vient de Mme Guynet-Péchadre, conservatrice des musées de Nice, qui propose de fixer en commun une nouvelle date pour l’inauguration officielle. Picasso demande à réfléchir. L’inauguration est finalement fixée au 19 septembre 1959. Mais le maître s’interroge toujours : faut-il donner ou non le panneau la Ronde des peuples, après la « muflerie » officielle passée ?
Le 19 septembre 1959, le musée de la Guerre et la Paix, et non le Temple de la paix, nom qui ne figure dans aucun document officiel en dépit de la volonté du peintre, est inauguré par Georges Salles… qui ne représente que lui-même. La muflerie continue. Picasso n’est pas présent. Il se trouve ce jour-là dans le village des Baux, où il regarde son ami Jean Cocteau tourner une scène d’Orphée !
Auteur d’Une histoire populaire 
de la Côte d’Azur, tome 3 (1940-1968), 
éditions les Amis de la liberté.

Le musée national Picasso La Guerre et la Paix
Le musée national Picasso la Guerre et la Paix est ouvert tous les jours, en juillet et août, de 10 heures à 19 heures.
Tarif d’entrée : 4 euros. Gratuit pour les moins de 26 ans.
Adresse : place de la Libération à Vallauris (Alpes-Maritimes).
Accès voiture par l’A8, sortie Antibes. Gare SNCF : Golfe-Juan.
Téléphone : 04 93 64 71 83.
Jusqu’au 7 octobre, le musée propose une exposition de Jean---Baptiste Ganne, « Gélém, Gélém ».

Exposition

Picasso céramiste, ouvrier de la terre



Avec « Picasso céramiste et la Méditerranée », la ville d’Aubagne accueille, jusqu’au 13 octobre, une exposition phare de Marseille-Provence, capitale européenne de la culture. Comme avec la peinture, l’artiste a cassé tous les codes.
Aubagne
(Bouches-du-Rhône) envoyée spéciale. Peintre prolifique, Pablo Picasso a aussi été un céramiste boulimique. Et comme pour la peinture, quand il éveille la terre à la vie, il casse tous les codes. L’exposition « Picasso céramiste et la Méditerranée » donne à voir cette facette de l’œuvre de l’artiste. Installée dans la chapelle des Pénitents-Noirs d’Aubagne jusqu’en octobre, elle offre au regard plus de 150 pièces, dont certaines sont des perles rares. Toutes sont exposées sur fond bleu, dans un écrin de transparence, qui n’est pas sans rappeler la Méditerranée, rive qui a vu naître Picasso à Malaga, auprès de laquelle il retourne s’installer, dans le sud de la France, après la Seconde Guerre mondiale. « Il revient sur les traces de sa propre culture, monter cette exposition ici s’imposait », commente Joséphine Matamoros, une des deux commissaires de l’exposition.Il a alors soixante ans passés et cet art populaire chemine en lui depuis son enfance. Petit, en Andalousie, la céramique fait partie de son quotidien. Jeune, il offre à Guillaume Apollinaire une pignate (marmite de terre) peinte à la gouache. Dans les années 1930, il réalise le motif d’une série de vases modelés par le céramiste Jean Von Dongen.
L’étincelle se produit en 1946. Picasso et sa compagne, Françoise Gilot, se rendent à l’exposition annuelle des artisans potiers de Vallauris, dans les Alpes-Maritimes.
l’artiste transcende tous les objets
Les céramistes Suzanne et Georges Ramié l’invitent à venir sur leur stand modeler de petites boules d’argile. C’est de tradition. Picasso s’exécute, réalise une petite tête de faune et deux taureaux. Puis s’en va. Quand il revient l’année d’après, ses modelages ont été cuits par le couple. C’est le déclic. 
Picasso est « piqué », analyse Bruno Gaudichon, autre commissaire de l’exposition. Le peintre lui-même raconte, dans une lettre qu’il envoie à l’écrivain André Malraux : « j’ai fait des assiettes on vous a dit ? Elles sont très bien, on peut manger dedans. » Comme un enfant qui jubile devant une découverte inédite.
Picasso installe ses quartiers dans l’atelier Madoura, celui des Ramié. Dans la poussière d’argile, assis sur un tabouret au milieu des ouvriers, l’artiste transcende tous les objets, plats, poêlons, vases, marmites, qui lui passent entre les doigts. «Il était ouvrier parmi nous. Quand il travaillait, le silence s’imposait. Par respect. C’était un homme généreux », témoigne Dominique Sassi, qui était potier dans la fabrique et a partagé avec le peintre 20 ans de complicité à travers le modelage de la terre. « Les moyens employés ne sont pas très orthodoxes. Un apprenti qui travaillerait comme Picasso ne trouverait pas d’emploi », s’amusait à raconter Georges Ramié. « Il abolit les frontières entre peinture, sculpture, gravure et invente sans cesse ses propres codes », explique Bruno Gaudichon. D’une simple brique de tomette naît une chouette, la bouteille de terre blanche s’habille en Tanagra (statuette), le plat de service s’anime en scène de tauromachie. Picasso trace et creuse sur tout support, même sur les gazelles des fours, sorte de tubes de terre, qu’il détourne pour dessiner des cariatides.
L’idée de montrer la manière dont Picasso s’est « littéralement emparé des arts de la terre pour évoquer sa Méditerranée », selon les mots de Magali Giovannangeli, présidente de la communauté d’agglomération, mijotait depuis un moment dans l’esprit des élus d’Aubagne, ville de tradition céramique. Marseille-Provence, capitale européenne de la culture, aura donné l’occasion de mener à bien ce projet, qui, selon Jean-François Chougnet, son directeur général, « fait partie des rendez-vous les plus attendus » de cette année placée sous le signe de la culture dans la cité phocéenne.







Des reproductions de Picasso menacées à Oslo



Rescapées de l'attentat commis par Breivik en 2011, des fresques de Carl Nesjar, reproduisant des œuvres du maître espagnol, se retrouvent au coeur d'un débat en Norvège sur le sort de deux bâtiments ministériels susceptibles d'être démolis.






Dessinées par PicassoLa PlageLa Mouette, deux versions des Pêcheurs ainsi que Satyre et Faune ont été reproduites au jet de sable par le Norvégien Carl Nesjar. Depuis la début des années 1960, elles reposent sur les parois en béton du quartier des ministères qui a poussé dans le centre d'Oslo après la guerre. Réalisées dans un style enfantin avec des personnages à la géométrie simple et l'absence apparente de perspectives, elles sont la première diversification de l'art de Picasso vers un tel support.
«C'est un trésor international», a affirmé le ministre norvégien de l'Environnement, Baard Vegar Solhjell, en charge des questions de patrimoine culturel. «Cela soulèverait un débat international si c'était démoli», a-t-il dit au journal Dagsavisen. La question se pose depuis que le terroriste Anders Behring Breivik a fait exploser une camionnette piégée dans l'antre du pouvoir le 22 juillet 2011. L'attentat avait fait huit morts, ravagé le «bloc H», une tour de 17 étages abritant le bureau du Premier ministre depuis 1958, et fortement endommagé les ministères environnants.
Fin juin, un panel d'experts, chargé de concevoir le futur siège gouvernemental, a jugé que la solution la plus économique consisterait à détruire le «bloc H» et un autre immeuble ministériel, le «bloc Y». Ces bâtiments abritent les reproductions de Picasso. Celles-ci ne seraient pas démolies mais découpées dans le béton pour être réutilisées autrement. Mais vu leur relation fusionnelle avec l'architecture d'origine, les fresques peuvent-elles quitter les parois pour lesquelles elles ont été conçues? Non, répondent spécialistes de l'art et commentateurs de presse.

          La famille Picasso a son mot à dire

«Nous ne pouvons pas démolir le meilleur d'une période culturelle simplement parce que l'on trouve cela laid aujourd'hui», a plaidé le directeur du patrimoine culturel, Joern Holme. «Ce n'est pas digne d'une nation culturelle. Détruire ce que la Norvège a fait de mieux à une époque donnée de son histoire est contraire à toutes nos valeurs», a-t-il ajouté.
D'autant que la famille Picasso a son mot à dire au nom du droit moral sur les créations laissées par leur illustre aïeul. «L'œuvre de Picasso a été créée pour aller dans cet immeuble-là. On ne peut pas la retirer comme ça, sans demander», a fait valoir Claudia Andrieu, juriste de la Picasso Administration. «Nous n'avons pas été saisis, ce qui est à la fois souhaitable et nécessaire», a-t-elle ajouté, en soulignant que la succession Picasso était «ouverte au dialogue».
Tour austère et sévère, le «bloc H» n'a jamais fait l'unanimité en Norvège. Selon un sondage publié en juillet dans le journal Verdens Gang (VG), 39,5% des personnes interrogées souhaitent sa démolition contre 34,3% qui voudraient qu'on le conserve. «Nous avons aujourd'hui une occasion en or de nous débarrasser de cette architecture brutale, laide et dégradante qui a été érigée à Oslo ces 80 dernières années», estimait le peintre Dag Hol dans une chronique publiée en juillet dans le journal Aftenposten. Réhabilitation? Démolition partielle ou totale? Le gouvernement devrait se prononcer au début de l'an prochain.






Au Van Gogh Museum, à Amsterdam,


Sur la piste du vrai Van Gogh

À Amsterdam, le grand musée consacré au peintre a rouvert après sept mois de chantier. Toute la collection fait l'objet d'une nouvelle présentation qui révèle, sous le mythe, l'artiste à l'œuvre.








Depuis le 1er mai, le Van Gogh Museum a rouvert. Cette institution d'Amsterdam avait dû fermer sept mois pour revoir sa climatisation et son système de sécurité. Pendant ce temps, afin d'éviter trop de frustrations et de manques à gagner, elle avait accroché ses «highlights» à quelques canaux de là, dans l'antenne hollandaise du Musée de l'Ermitage. Et une quarantaine d'autres œuvres étaient expédiées en Corée et au Japon où elles bouclent une tournée triomphale permettant de financer en partie le rééquipement.
Aujourd'hui donc, la plupart des trésors laissés par le génie néerlandais ont retrouvé leur demeure. À l'intérieur, les volumes imaginés dans les années 1960 par Gerrit Rietveld - quatre plateaux autour d'un puits d'accès central - n'ont pas changé. Les parois auparavant blanches ont simplement été colorées à la manière du Musée d'Orsay. Fonds bleu, gris, voire de jaune canari comme pour Les Mangeurs de pomme de terre (alors que son auteur préconisait plutôt un support couleur «blés mûrs»).
Plus réussie est la nouvelle muséographie, thématique, donnant à comprendre ce fonds exceptionnel de quelque deux cents tableaux et de centaines de dessins et lettres. Enrichie de prêts à court terme, elle propose sur l'intégralité des surfaces une autre lecture, plus technique et moins mythique, de Vincent Van Gogh (1853-1890): le travail en plein air ; les toiles grattées ou recouvertes d'une nouvelle composition (sur 400 analysées, une centaine l'a été, parfois à plusieurs reprises) ; les outils et instruments, dont l'emploi fréquent du cadre à perspective ; les couleurs (Orsay a prêté la seule palette subsistante, celle qu'avait conservée le docteur Gachet) ; la touche, tantôt pâteuse tantôt diluée à l'essence, à l'exemple de Toulouse-Lautrec.
Cette conceptualisation très avisée de l'œuvre ne durera toutefois qu'un temps. Jusqu'à ce que soit réutilisable, début 2015, l'aile dessinée par Kisho Kurokawa en 1999 et destinée aux expositions temporaires. Afin de rendre cette extension plus simple d'accès et plus attrayante, une entrée va en effet être ménagée dans sa façade latérale nord, reliant ainsi l'aile au corps principal non plus seulement par le sous-sol mais de plain-pied, à partir de l'Esplanade des musées. Là où se trouvent le Rijksmuseum, le Stedelijk Museum et le Diamond Museum.

            La beauté des voies nouvelles

En attendant, le parcours multiplie les enseignements et les découvertes sur l'homme et l'artiste. «Corriger une légende, c'est difficile, mais nous nous y efforçons, dit bravement Nienke Bakker, spécialiste des lettres de Van Gogh, conservatrice et co-commissaire. Il faut aller contre l'idée largement fausse d'un Van Gogh autodidacte, spontané, seul et marginal. Nous expliquons sa formation, notamment ses lectures scientifiques sur la théorie des couleurs ou l'anatomie. Nous soulignons ses visites aux musées, ses passages dans des ateliers et académies. Nous montrons ses reprises incessantes des maîtres réalisées à partir de sa collection de gravures. Nous rappelons qu'il a presque toujours œuvré en compagnie d'autres peintres. Pas seulement Gauguin, mais aussi, auparavant, avec des gens moins connus comme Anthon van Rappard ou Christian Mourier-Petersen. Dès 1883, bien avant Arles donc, il envisage la création d'une mutuelle d'artistes. Enfin, nous détaillons ses liens avec les avant-gardes, faits d'influences réciproques. L'impressionnisme de Monet et de Pissarro, le pointillisme de Seurat et de Signac, le cloisonnisme d'Émile Bernard ont été débattus par Van Gogh, pinceaux à la main…»
Au fil du parcours, on mesure ainsi un travail intense, fait d'exercices et d'expérimentations. Dix années de carrière seulement nous auront laissé plus de 800 peintures et un bon millier de dessins. Ils témoignent d'un engagement toujours sincère et entier pour ouvrir à la beauté des voies nouvelles, souvent inattendues. La marque du génie.
«Van Gogh à l'œuvre», jusqu'au 12 janvier, Van Gogh Museum. Tél.: + 31 (0) 20 570 52 00.www.vangoghmuseum.nl. Catalogueen français Actes Sud, 304 p., 55 €.

       Le drame du 29 juillet 1890: suicide ou homicide?

Suicide ou pas? Plutôt oui, ont récemment estimé deux spécialistes du Musée Van Gogh. S'exprimant après enquête au nom de leur institution dans The Burlington Magazine (no 1324, juillet 2013), Louis van Tilborgh et Teio Meedendorp ne retiennent pas l'hypothèse défendue par Steven Naifeh et Gregory White Smith dans une biographie de l'artiste de près de mille pages sortie en octobre 2011. Ces auteurs réputés - qui ont décroché le prix Pulitzer en 1991 pour leur biographie du peintre Jackson Pollock et ont travaillé sur Van Gogh pendant dix ans - ont tenté de décortiquer une vieille rumeur locale voulant que le peintre ait en réalité été victime d'un coup de feu tiré accidentellement par Gaston et René Secrétan, deux frères d'Auvers-sur-Oise. Ce qui est sûr, c'est que, touché à l'abdomen, Van Gogh s'est éteint deux jours plus tard, le 29 juillet 1890, après avoir dit sur son lit de mort qu'il avait lui-même appuyé sur la détente.
Il aurait couvert les Secrétan, mineurs à l'époque des faits mais qui risquaient tout de même gros s'ils se trouvaient pris dans les rets de la justice, avancent les biographes. Pas d'homicide involontaire rétorquent les experts hollandais. Le suicide «est éminemment défendable, à la fois psychologiquement et historiquement». Toutefois, ils admettent que «beaucoup de questions restent sans réponse». René Secrétan a été interrogé en 1957. Il a déclaré avoir possédé un pistolet qu'avait pu utiliser Van Gogh… L'arme n'a jamais été retrouvée.





Une exposition consacrée à l'artiste apporte de nouveaux éclairages sur le peintre et sa technique.


           • Un copieur acharné

Van Gogh n'a pas copié de gravures pédagogiques que durant sa période d'apprentissage. Quelques semaines avant de mourir, il avait entamé la reproduction des soixante lithographies de nus masculins compris dans les Exer­cices au fusain de Charles Bargue. «Cela console», confiait-il à son frère Théo, comme s'il souhaitait repartir de zéro. Ces cours, il les avait déjà pourtant intégralement travaillés à quatre reprises, de 1880 à 1881. Par ailleurs, sa collection d'illustrations à copier a fini par dépasser les 1500 feuilles, sans compter les estampes japonaises (au moins 450 réunies avec Théo). Les planches proviennent souvent de magazines. À ses débuts, Van Gogh s'imaginait d'abord en illustrateur.

         • Un étudiant indocile

Il a fini 25e et dernier au premier concours qu'il passe après un mois d'étude à l'Académie royale des beaux-arts de Bruxelles. À l'examen de fin de session de celle d'Anvers, il est renvoyé au cours de base. Il n'est pas mauvais mais il ne prise guère le dessin d'après les plâtres. Surtout il n'aime pas commencer par le contour. Il cherche d'abord le volume général et l'expressivité, comme le préconisait Léonard de Vinci.

          • Des techniques multiples

Si elles sont motivées par le manque de moyens, les techniques de l'artiste se révèlent multiples et finissent toutes par être parfaitement maîtrisées, excepté la lithographie, quasi absente. Impressionné par le chemin à accomplir pour être un peintre digne de ce qu'il imagine, Van Gogh attendra 1883 pour acquérir un chevalet. Par la suite, si la toile manque, il emploiera tout ce qui lui tombe sous la main, nappe à carreaux ou serviette rayée. Si ce sont les pigments ou les tubes, les brosses plates en soie de porc ou encore les fins pinceaux en poil de martre qui font défaut, il repasse au dessin, la pratique des premières années. Encres à la plume ou au roseau, craies noires ou de couleur (surtout celles, brutes, dite de mon­tagne), fusains, crayons (de préférence celui du charpentier dont la mine rectangulaire permet des traits fins ou épais selon qu'on le tourne)… Pour fixer la poudre et éviter que la feuille ne brille trop, il renverse un verre de lait dessus et fait sécher.

         • Des matériaux qui s'altèrent

L'usage de certaines encres et huiles a eu des conséquences néfastes. Le Van Gogh Museums'honore en pointant ce qu'on cache d'habitude: des traits qui se sont quasiment effacés, des couleurs qui ont passé, cela dès la première décennie. Ainsi, le rouge à l'extrémité de plusieurs pétales de Vase avec iris (Van Gogh Museum), certains jaunes dans les Tournesols de la National Gallery ou le violet de La Chambre à coucher (Van Gogh Museum). Ce dernier a viré au bleu clair, abîmant l'harmonie chromatique. Une reconstitution virtuelle montre l'énorme différence. «Depuis, les œuvres sont stables», rassure le conservateur.

         • Des modèles rares

Un nu féminin académique, raris­sime, a été repéré dans la couche sous-jacente d'une huile, Vase avec bleuets et coquelicots (1886), appartenant à la Fondation Triton, cette collection qui a récemment défrayé la chronique pour avoir été victime d'un vol au Kunsthal de Rotterdam. D'une manière générale, le nu, et même le modèle habillé, est difficile à trouver pour un Van Gogh désargenté et plongé dans le milieu des petites gens. Lorsqu'il en déniche un, il pose endimanché. Or Van Gogh cherche l'attitude naturelle. D'où la solution de l'autoportrait: au moins vingt-cinq ont été réalisés rien que dans la période parisienne. Il y en a même un qui se cache sous la Vue de l'appartement de Théo (1887).

          • Des recettes originales

L'exposition présente une boîte en ­laque contenant seize pelotes de laine. Van Gogh testait ainsi ses combinaisons de couleurs, à la manière des tapisseries des Gobelins, dirigées par le chimiste Chevreul, l'auteur, très suivi alors, de la Loi du contraste simultané des couleurs. Ou encore, à la manière de Delacroix. Van Gogh conserve aussi des habits et des outils, accessoires pour ses scènes paysannes commencées à l'extérieur et complétées en atelier. Il collecte aussi les nids d'oiseaux, des mousses, des sabots…

          • Un acharné du plein air

Les analyses font souvent apparaître dans ses peintures la présence de grains de sable, d'herbe ou de petits fragments de feuilles. Van Gogh travaillait dehors, même par grand vent. Alors, il attachait son chevalet à des piquets de fer enfoncés dans le sol. Pour le dessin il avait fait confectionner un passe-partout «couleur noyer, avec les bords intérieurs en noir». Ainsi, il pouvait maintenir ses feuilles et préjuger de l'effet de son travail lorsqu'il serait encadré.
«Van Gogh à l'œuvre»,  jusqu'au 12 janvier, Van Gogh Museum. Tél.: + 31 (0) 20 570 52 00.www.vangoghmuseum.nl













Une réflexion sur l'homme et sa destinée. Dinard




Dans la station balnéaire bretonne, une cinquantaine d'œuvres contemporaines explorent l'ambivalence du littoral, à la fois limite d'un territoire et invitation à céder à l'appel du large. Une réflexion sur l'homme et sa destinée.





La Havane. CUBA


Qu'est-ce qui se cache derrière ce titre «Dinard, l'amour atomique», la nouvelle exposition conduite, une fois de plus, avec une grande sensibilité par Ashok Acideam. Il intrigue autant qu'il attire. «Il fusionne l'eau et le feu, nécessaire sans doute pour oser lever les mystères du littoral, endroit magique situé entre la terre, la mer et le ciel», observe la maire de la ­ville, Sylvie Mallet. Elle a donné carte blanche au commissaire artistique après le succès des expositions «Hope» en 2010 et «Big Brother» en 2011.
Ashok Acideam surprend avec une cinquantaine d'œuvres majeures de ses quarante artistes contemporains préférés: de Camille Henrot (lion d'argent de la Biennale de Venise 2013) à Mircea Cantor (prix Marcel Duchamp 2011). Son choix invite à une découverte d'un littoral territoire de tous les possibles, entre plages désertes et châteaux de sable, havre de paix et théâtre des guerres, éternité des rivages et bords de mer savamment maîtrisés. Peintres, plasticiens, vidéastes, photographes, tous les artistes ont su rendre le sentiment que chacun éprouve face à cet espace. «Espace de perte de soi qui par ricochet, évoque la perte de soi dans une relation d'amour fusionnel, analyse Ashok Acideam. Cette expérience de la plénitude évoquée par Albert Camus dans Noces à Tipiza est celle de cette union de l'homme avec le monde, certes, mais aussi avec son prochain.» Comment l'homme trouve-t-il sa place face aux limites géographiques imposées par la nature, comment tente-t-il de les repousser jusqu'à saturation parfois?

           Quelques instants d'humilité

Sur les deux niveaux du palais des Beaux-Arts, les œuvres évoquent cette tension entre l'appel du grand large et la volonté de lui résister. Quelques instants d'humilité pour une quête de bonheur intense, avant d'entamer une réflexion sur son destin, ses limites et sa fin. Il renvoie à l'essence de toute chose, à l'atome. Il est à l'image de la vague qui vient se briser sur les rivages des corps amoureux dans l'œuvre de JR, photographe et graffeur français, montrant un couple à Cuba dont la douceur de l'intimité contraste avec le mur en ruine sur lequel l'artiste l'a immortalisé avec son objectif. La photo est là, immense, projetée sur la façade du palais, à côté de la boule en acier qui ­reflète la mer, Moon 2, de Not Vital.







Au-delà du discours - un peu mélodramatique - sur ce «fil tendu, entre la fusion des êtres et leur irréversible fission» que symbolise l'amour atomique, il faut se laisser guider par le parcours. Il ­commence avec le film choc réalisé par Tania Mouraud à Baja au Mexique sur l'accouplement de deux baleines dans Ad Infinitum (2009) où le sentiment océanique nous submerge. Le visiteur est irrésistiblement attiré par ses sons abyssaux sans jamais percer le mystère de la scène qui déploie des forces quasi surnaturelles de corps démesurés.
À chacun de s'attarder dans l'une des cinq parties de l'exposition et de méditer, par exemple dans la section «Synergies silencieuses» devant la vidéo lyrique en noir et blanc de David Claerbout. Sur le toit labyrinthique de la Casbah d'Alger, l'artiste belge a saisi le geste d'un garçon levant le bras en plein match de foot pour donner à manger à une mouette en vol. Le temps semble suspendu, sur fond de Méditerranée. C'est tout simplement sublime...
Jusqu'au 1er septembre, «Dinard, l'amour atomique», au palais des arts et du festival. À voir aussi: la collection de Bernard Magrez, à la villa Les Roches brunes.















À Montpellier, la rétrospective du maître du pointillisme. Signac



Organisée pour le 150e anniversaire de sa naissance, est un bain de couleurs.




«Signac navigateur aimait la mer démontée et le vent ravageur», a témoigné Francis Jourdain, le fondateur des arts décoratifs modernes en France. Signac peintre préférait au contraire les eaux calmes. Celles qu'il pouvait saisir sur le motif par une aquarelle et recomposer méthodiquement, à l'huile, dans l'atelier. Elles lui ont offert leurs infinis et mouvants ­clapotis aux couleurs innombrables, jusqu'à l'achromie quand certains scintillements sont signifiés par de minuscules espaces laissés en réserve sur la toile ou le papier.
C'est sur ce thème de l'eau - avec une prédilection pour la Méditerranée - que le Musée Fabre de Montpellier, à la suite de celui de Giverny, a construit sa rétrospective. Un bel hommage pour le 150e anniversaire de la naissance de cet artiste charnière entre le XIXe et le XXe siècle, comme le prouvent, à l'ouest, les actuelles expositions sur la Normandie impressionniste et, au sud, celles sur les artistes venus travailler dans le Midi, de Van Gogh àPicasso.
À l'entrée, Signac accueille le public par l'entremise de son magnifique portrait exécuté par Théo van Rysselberghe, autre néo-impressionniste de poids. Main ferme sur la barre du mouvement pointilliste initié par Seurat mais théorisé par lui ; profil impérial se découpant sur la voile ; épaules dans l'axe de la bôme… Exceptée sa casquette bleue Signac n'a rien d'un capitaine Haddock. Il scrute le plan aqueux en connaisseur. La risée à l'arrière-plan, il a su avant Théo la rendre dans ses mille et uns éphémères détails ; ici par une myriade de points bleus et rouille.
Autodidacte, il a cru percer le secret de la lumière, de l'atmosphère et de la perception de toute chose dans les ­livres de Blanc, de Chevreul et de Hood sur «les lois si simples du contraste ­simultané». Fort de cette théorie qui allait discipliner son pinceau, il a poussé plus loin, avec méthode et minutie, l'œuvre de Monet son modèle. «Pendant les dix minutes que dure le coucher de soleil, j'ai pu prendre huit renseignements écrits avec échantillon de teintes à l'aquarelle» se félicite-t-il en 1896. On croirait entendre le patriarche de ­Giverny.
Les primaires doivent être divisées et organisées en fonction de leurs complémentaires pour, sur la toile, faire régner l'harmonie. Cet art qui repose sur un solide socle théorique a d'emblée été taxé d'intellectualisme. Mais il n'est jamais exempt de ce que Signac appelait «le sentiment», cette liberté instinctive du créateur dont il déplorait déjà l'effacement à son époque. En plaisance comme en peinture, on peut savoir lire une carte, dominer un courant, garder un cap mais, fort de cela, se laisser aller au gré des vents et des paysages.

       Un grand bonheur

Or, venu par la mer, comment ne pas succomber à Collioure, Marseille, ­Cassis, Saint-Tropez, Antibes et puis encore à Gênes, Venise (200 aquarelles peintes sur le motif à elle seule), Constantinople… S'en suivra, à soixante-six ans passés, un tour systématique des ports de France. Avant il y avait eu aussi la Manche jusqu'à la Hollande. Et les canaux! Insatiable Signac? L'exposition, thématique, qui cabote ainsi, de site en site, pourrait le laisser croire.
Mais ce caractère est trop solaire pour ne pas savoir qu'épuiser les ressources du paysage maritime équivaut à vouloir boire l'océan. Jamais de frustration donc dans cette œuvre. Rien qu'un grand bonheur. L'odyssée est à entreprendre, elle vous prendra plus que le temps des vacances.
Jusqu'au 27 octobre au Musée Fabre, Montpellier. Tél.: 04 67 14 83 00. Catalogue Gallimard, 235 p., 35 €.








Chao ! Keith Haring,



 L'Exposition consacrée L'Exposition Keith Haring à l'Américain Keith Haring, qui a fermé ses portes dimanche, au Musée d'art moderne de la Ville de Paris (MAM), a accueilli 302.000 personnes, a annoncé l'institution culturelle.






Plus de 300.000 visiteurs en quatre mois. L'expositionconsacrée à l'Américain Keith Haring, qui a fermé ses portes dimanche, au Musée d'art moderne de la Ville de Paris (MAM), a accueilli 302.000 personnes, a annoncé l'institution culturelle. Le musée, qui s'était fixé un objectif de 230.000 visiteurs, relève que c'est un «très bon chiffre». La fréquentation quotidienne, qui avait démarré le 19 avril, a été de 2904 visiteurs.
La rétrospective proposait près de 250 œuvres, bâches, dessins, tableaux, céramiques et autres totems géants sur bâche ou dans le métro, de cet artiste figure de proue de l'art urbain.
Le Centquatre a également consacré jusqu'au week-end dernier, une exposition intitulée The Political Line/Grands formats, avec une vingtaine de grands formats montrés, pour la plupart pour la première fois, ainsi que des sculptures de plus de cinq mètres de haut et pesant plusieurs tonnes.
Parmi les œuvres, Les Dix Commandements (1985), une pièce monumentale composée de dix panneaux de sept mètres de haut, inspirée de la Bible et réinterprétée par l'artiste mort à 31 ans, en 1990, des suites du sida.
L'exposition autour de Jean-Michel Basquiat, au MAM avait fait encore mieux, en attirant 352.000 visiteurs d'octobre 2010 à janvier 2011.










lundi 12 août 2013

Marc Chagall, une centaine d’autoportraits parfois inédits




exposition

Le musée Chagall de Nice a quarante ans











Philippe Jérôme

Un seul grand peintre invité, mais une centaine d’autoportraits parfois inédits et d’inspirations les plus diverses.
Nice (Alpes-Maritimes), envoyé spécial.  Avec sa gueule de métèque, de juif errant, de peintre touché par la grâce, Moïse Chagalov de Vitebsk (Biélorussie, 1887), alias Marc Chagall de Montmartre (France, années 1920), a survécu aux pogroms, à deux guerres mondiales et à la Shoah, participé à la révolution bolchevique avant de connaître l’exil et la gloire, et d’inaugurer, en personne à Nice, voilà pile quarante ans, le musée national « message biblique » qui porte son nom. Une centaine d’autoportraits de l’artiste, dont le premier peint dès 1907, exposés à l’occasion de cet anniversaire, laissent penser que Chagall était quelque peu narcissique. « Pas du tout », estime le directeur du musée, Maurice Fréchuret : « Dès 1915 et jusqu’à sa mort, en 1985, l’autoportrait est d’abord un moyen pour le peintre d’évoquer et de faire passer un message qui le dépasse. » Message d’amour immense pour sa femme Bella, dans ces portraits d’un couple enlacé et souriant. Message religieux et politique lorsque, bravant les interdits des fanatiques, il se représente en un Christ de joie et de fraternité. Message intime, sans doute codé, quand, en plein délire créatif, l’artiste renoue avec sa jeunesse au village, en parsemant ses tableaux de coqs et de violons. Enfin message d’affirmation de son identité de peintre, Chagall, grand coloriste devant l’Éternel, se prenant, devant son miroir, pour Rembrandt ou Braque. Nombre de ces lithos et dessins merveilleux, prêtés par la famille ou extraits du fonds du musée, n’avaient jamais été présentés. L’un d’entre eux est daté du 28 mars 1985. Chagall, reconnaissable à ses cheveux frisés, s’est dessiné devant une glace, un animal posé sur la tête, un autre portant un acrobate sur son dos. Calé dans son fauteuil, les bras ouverts comme s’il accueillait quelqu’un, il semble apaisé. Ce petit dessin est intitulé l’Adieu. Plus que devant tout autre, lorsqu’on l’admire aujourd’hui, un ange passe.

Jusqu’au 7 octobre. Catalogue édité par la RMN. 136 pages, 29 euros.