vendredi 10 janvier 2014

Humboldt et Gundlach l'emprinte allemande à Trinidad









Par, Mayra Pardillo Gomez

Dans la rue Desengaño, aujourd'hui Simón Bolívar, de la ville de Trinidad, se trouve l'un des palais les plus intéressants pour son style colonial, ses influences néoclassiques et les liens que ses propriétaires ont maintenu avec d’importantes personnalités du XIXe siècle.
José Mariano Borrell y Padrón, un riche propriétaire de cette région centrale du pays, a ordonné d'ériger cette demeure – qu’il n’a jamais habité – dans laquelle des peintres locaux et italiens ont réalisé de belles décorations murales. On dit que les guirlandes et les figurines ont été peintes par l'artiste italien Daniel D´Alaglio. C’est aussi ce décorateur et peintre italien qui a embelli l’hacienda du marquis de Guáimaro, située dans la vallée de San Luis ou vallée de los Ingenios.
La demeure possède un vaste patio et un belvédère d’où l’on peut admirer le centre historique de Trinidad, déclarée Patrimoine Culturel de l’Humanité par l'UNESCO en 1988, ainsi que la Vallée de los Ingenios.
Selon les données historiques, José Mariano Borrell y Lemus (le fils) a hérité d’une partie de l'édifice, qu’il vend à María del Monserrate Fernández de Lara y Borrell en 1841.
Un an plus tard, devenue veuve, la riche propriétaire se marie avec Justo Germán Cantero, c’est sous le nom de Palais Cantero qu’a transcendé jusqu'à nos jours cette admirable demeure où se trouve actuellement le Musée Municipal de Trinidad.
Cantero a été un grand promoteur de l'industrie sucrière. En 1843 il achète la locomotive de Derosne ou machine à vapeur pour l'installer dans sa sucrerie Güinía de Soto, devenant ainsi le premier à utiliser cette avance dans la ville.
Cantero accueille un naturaliste allemand
Cantero a également promu l'utilisation du chemin de fer dans la région et il était un défenseur des lettres et des sciences, soutenant le musicien noir de Trinidad José Manuel Jiménez (Lico), qui a acquis sa renommée en Allemagne, ainsi que le poète Gabriel de la Concepción Valdés – Placido - (1809-1844).
Le livre Trinidad y el Turismo (Trinidad et le Tourisme), publié en 1954, signale que sur les murs du belvédère du Palais « de nombreux hommes de notre histoire ont écrit l’impression que leur causait de voir Trinidad depuis cet endroit. (…) Ici on peut encore lire des vers de Juan Clemente Zenea (1832-1871) et les Libres Pensamientos de Gabriel de la Concepción Valdés, qui avait l'habitude de séparer les paragraphes avec le mot otro (autre) ».
Cantero a partagé un dîner avec ce dernier dans son hacienda Güinía de Soto et il a accueillie dans une de ses propriétés (sa maison de Magua) le naturaliste allemand Juan Cristóbal Gundlach, qui a fait des études dans la zone de Trinidad entre décembre 1855 et février 1856.
Gundlach (1810-1896) est né et a étudié à Marbourg, Allemagne, il est venu à Cuba en 1838 après son doctorat et, durant 57 ans, dans ce pays, il a réalisé des apports fondamentaux aux sciences jusqu'à sa mort à La Havane.
Des spécialistes affirment que le Carpintero Real a été découvert par le naturaliste allemand dans l'extrémité nord-est de la Ciénaga de Zapata au début de 1850. De même, l’apport réalisé dans le cas du Zunzuncito ou oiseau-mouche, endémique de Cuba et le plus petit oiseau au monde. Gundlach, se dédiait depuis plus d'une décennie aux sciences naturelles à Matanzas, puis à La Havane, comme collaborateur du savant cubain Felipe Poey. Aujourd’hui, Gundlach est considéré comme le père de l'ornithologie cubaine.
Un autre illustre allemand qui est venu à Trinidad a été le savant Alexander von Humboldt (1769-1859) qui, selon le pédagogue José de la Luz y Caballero, est le deuxième découvreur de Cuba.
Humboldt, auteur du livre Ensayo político sobre la isla de Cuba, où il fait connaître les caractéristiques physiques et politiques de ce pays caribéen pour la première fois en Europe, a séjourné un manoir de Trinidad et il s’est promené sur la Plaza Mayor.
Il a laissé un témoignage écrit de tout ce que son regard intelligent a vu dans cette ville, depuis la flore et la faune jusqu'à un examen de la vie quotidienne de la localité.
Le Docteur en Sciences Historiques Hernán Venegas souligne l’empreinte allemande dans sa revue Siga la Marcha : « La région de Trinidad, dans le sud de l'île de Cuba, est en exemple de l'action allemande lors de la seconde moitié du XIXe siècle » et il cite des exemples de plusieurs maisons commerciales de l'époque dans cette zone.
Le passé et le présent d’un palais
En revenant à Cantero, celui-ci est considéré par les spécialistes comme un typique esclavagiste de son époque, bien qu’opposé aux abus sur les esclaves et comme un homme qui « aimait le progrès social ».
Lui et sa femme étaient propriétaires des sucreries, de machines, de troupeaux de bœufs et d’élevage employant des esclaves, et ils avaient plusieurs demeures à Trinidad, à Casilda et à Sancti Spíritus, en plus de deux quintas de recreo(maisons de campagne).
Cantero décède à l’âge de 55 ans, le 10 août 1870 et son épouse décède à l’âge de 80 ans, le 27 juillet 1891.
Après une longue période de restauration, le 8 novembre 1980, le Musée Municipal de Trinidad ouvre ses portes dans les Palais de Cantero. Cette institution dispose de quinze salles, dont sept sont liées à l'atmosphère coloniale en ce qui concerne le mobilier, les arts décoratifs et les objets d'usage à cette époque et une liée à la famille ayant donné son nom à la demeure. À travers ses salles, le visiteur découvrira la splendeur d'une époque, la façon dont vivaient les riches hacendados, unis aux noms de savants étrangers et d’hommes de lettres du pays qui l’ont honoré de leur présence, chacun laissant une empreinte indélébile.







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