Lam les sorciéres sont engourdies et dans un coin Eleggua tire sa langue. La nuit est blue et sur la croix du patio volent des oiseaux à grands becs. Une noire parée de grands colliers se lave les seins dans le puits où s'abreuvent les bêtes. Lam la nuit possède un charme primitif et le vent nous apporte une agréable odeur de fumier. Tes démons ne veulent pas dormir et sont aguets entre la lumière bleue et les sauges du patio.
Gilberto SEIK
...étonnant feut d'artifice, explosion baroque de lyrisme et d'humor, à laquelle succédera - sans que l'imagination du peintre se relâche en rien - une manière non moins aigüe, mais exemple de surcharges et de sous-entendus, la manière qui est encore maintenant la sienne et qui justifie pleinement l'expression " synecdoques et métapphores picturales " employée dès 1950 par Fernando Ortiz pour caractériser le langage visuel de Wifredo Lam.
" Lam, Je crois que tu as de mon sang en toi, tu dois être un de mes parents un primo; un cousin. " Pablo Picasso
Durant une période à laquelle mettra fin son retour à Cuba en 1941, quand la France aura cessé de pouvoir lui servir de refuge, Wifredo Lam, artiste maintenant pleinement adulte et dont la personalité s'est dégagé des limbes, peint des figures trés simples, remarquable par leur allure hiératique et qui paraissent dénoter des préoccupations essentiellement plastiques. Avec ces femmes et parfois ces maternités, sujets pours lesquels il semble marquer une prédilection quoiqu'ils ne soient pas les seuls à le solliciter, il s'attache - peut-on présumer - à traiter le thème le plus élémentaire, parmi ceux qui lui tiennent à coeur, de la manière la plus nue et la plus dépouillée, usant d'autant de liberté que soin aîné Picasso à l'egard du naturalisme et se mettant, tout à la fois, à l'école des sculpteurs négres, artistes insurpassables en matére de construction solide et lisible d'un seul coup d'oeil.
Des cette époque, se manifeste une qualité profonde, qui demeurera - toutes questions formelles mises à part - la qualité souveraine de l'art de l'Antillais Wifredo Lam, placé à la croisée de plusieurs civilisations : loin de se présenter comme les resultats d'un écletisme - résultats qui, produits métis de la modernité occidentale et d'un archaïsme visant à imiter les Noirs africains, seraient des sortes d'arlequins faits de piéces et de morceaux culturels - ses oeuvres apparaissent plutôt comme les lieux d'une étroite conjugaison entre deux courants qui se sont fondus en lui et qui répondent, l'un, à sa volonté délibérée de transcender ( s'élever au-dessus du circonstanciel ) et, l'autre, à la fascination presque immémoriale que la " chose négre " a excercée sur lui, avant même qu'il en eût pris une claire conscience. C'est la persistances, en profundeur, de cette fascination qui permettra beaucoup plus tard à Ernesto Che Guevara, rentrant d'Afrique, de de citer comme exemple de " l'extraordinaire parenté de Cuba et de l'Afrique " la peinture de Wifredo Lam et de dire en substance que malgré la différence d'aspect due aux recherches formelles qui s'y manifestent, cette peinture " trés développée " fait partie de l'art rituel des Noirs.