dimanche 5 octobre 2014

Joug et étoile.






Installation de Francisco Rivero.



Joug et étoile

Quand je suis né, sans soleil, ma mère m'a dit : -
Fleur de mon sein,
Hommage généreux
Somme et reflet de moi et de la Création,
Poisson qui deviendra oiseau, coursier puis homme,
Considère ceci, que tristement je t'offre,
Ces deux emblèmes de la vie : vois et choisis.
Le premier est un joug : qui l'accepte en jouit :
Il devient bœuf soumis, et dés l'instant qu'il rend
Des services aux maîtres, il a une litière
Douillette, et reçoit belle et abondante avoine.

L'autre, ô mystère qui de mon flanc naquis
Comme la haute cime est née de la montagne,
Celui- ci, qui rayonne et tue, est une étoile :
Comme elle répand la lumière, les pécheurs
Fuient celui qui l'arbore, et ainsi dans la vie,
Semblables à des monstres de crimes chargés,
Les porteurs de lumière se retrouvent tout seuls.
                   
Mais celui qui imite sans effort le bœuf,
Redevient bœuf lui- même, et bête sans esprit
Entreprend á nouveau l'échelle universelle.

Et celui qui sans crainte arborera l'étoile,
En créant, se grandit !
Lorsque l'être vivant
Du monde a épuisé le meilleur de la coupe :
Quand, pour offrir un mets au festin sanguinaire
Des hommes, content et grave il aura extirpé
Son propre cœur : lorsque du Nord au Sud
Il a jeté aux vents sa parole sacrée, —
L'astre, comme un manteau, de clarté l'enveloppe,
Comme pour une fête, s'allume le ciel clair,
Et l'on entend monter un nouveau pas dans l'ombre,
C'est celui du vivant qui n'eut pas peur de vivre ! -
Donne- moi donc le joug, ô ma mère, et ainsi
Debout sur lui dressé, qui brille sur mon front
Encore mieux l'étoile qui rayonne et qui tue.

José Marti
1853-1895. Cuba





" Femme Karib"





"Antillalandia". Francisco Rivero

La Caraïbe inconnue garde encore des histoires inédites comme celles-ci de ses femmes. D'où le nom de la série de découverte : « Femme Karib ».


Par, Agustina Stout

La Caraïbe inconnue garde encore des histoires inédites comme celles-ci de ses femmes. Les voix des fondatrices et des spécialistes de nation ne sont pas toujours écoutées. Elles, les protectrices des traditions, de la terre où elles sont nées et qui refusent de perdre malgré les diverses métropoles. La femme est la nation caribéenne. D'où le nom de la série de découverte : « Femme Karib ».
Augustina Stout vie en Dominique, la dernière colonie des indomptables Indiens Karibs, persécutés et virtuellement exterminés après la conquête espagnole, les survivants sont réfugient là, sur la côte Est de la Dominique.
Pour moi, une femme représente beaucoup dans la Caraïbe, dans le monde, dans ce territoire caribéen. Je suis fière d'être une femme et je me sens unique.
J'ai trois enfants et les gens me respectent en tant que mère je suis, comme toutes les femmes du territoire caribéen et où que j’aille on me respecte.
Ma culture est très importante pour moi et c’est pour cette raison que je l’aime où que j’aille dans le monde je serai fière de ce que je suis.
Nous tenons préserver notre culture forte et vivante pour que tout le monde sache qu'il y a encore des Indiens Karibs et qu’ils vivent en Dominique.
Nous avons des liens avec les Caraïbes de l'Amérique du Sud, et nous avons également des contacts au Suriname, en Guyane, à Trinidad, au Guyana et à Belize.
Nous sommes allés récemment en Amérique du Sud et ceci a été une expérience extraordinaire pour moi.
J'ai beaucoup appris, je me suis fait de nombreux d'amis et j’ai trouvé des traditions que nous avions oublié, comme le pain et le vin du manioc, le tissus de parles, les vaisselles en argile et, aussi, une partie de la langue que nous avons perdu.
Maintenant je voudrai étudier la langue que nous avons perdue, la langue karib. 
Par exemple pour dire Bonjour, en langue karib, on dit  « MABRIKA » qui signifie « Comment vas-tu ? » et « NATARI » signifie jolie fille. « MABRIKA NATARI » signifie : « comment vas-tu jolie fille ? »
« KINOU KAY KARAHI » veut dire : « comment allez-vous ? »
Et je répondrai ; « ITI KAY KARAHI » c’est-à-dire : « je vais bien »…
La population du territoire karib est maintenant de 4000, presque 5000 personnes. Il est vrai que nous sommes assez modernisés, on se rend compte que la modernité gagne du terrain.
Maintenant, les enfants préfèrent les boissons gazeuses, la nourriture américaine, les macaronis au fromage, certains même ne veulent pas manger des plats traditionnels, comme le pain de yucca, la farine ou d'autres choses. Ils préfèrent ce qui vient d'Amérique, comme le pain de mie, ils boivent du Coca Cola…
Pour ma part, je suis fière de mes enfants et j’aime les conseiller, pour les éduquer, maintenant, dans la tribu karib.
Et j'espère qu'un jour ils étudieront notre culture, notre langue, nos traditions, de les préserver dans le sein du peuple karib, de la nation karib.
Quant à notre artisanat, nous faisons des tissus, des paniers et d’autres objets. En général, si vous allez sur les lieux de vente ici en Dominique, vous trouverez beaucoup d'objets différents.
Je les fais aussi, je fais des tapis, des bracelets, des mouchoirs…
En ce qui concerne la nation, nous élisons un chef tous les cinq ans et à la fin de ces 5 années s’il a bien rempli sa mission, il peut continuer. Mais s'il ne remplit pas bien son rôle on le révoqua, on vote contre lui et  un autre est élu.
Le chef est entouré de six conseillers provenant de différents villages. Ce territoire karib est composé de huit des villages : Concorde, Synécure, Bataka, Crayfish River, Saint Cyr, Salybia… Chacun de ces villages possède un représentant, un conseiller qui s’occupe d’un secteur différent, pouvant être le sport, l’éducation, la santé… Et si ces conseillers ne font pas bien leur travail ils sont révoqués et d’autres sont élus. Le rôle du chef est de protéger, de protéger le peuple Karib, de protéger notre terre, notre nation, parce que s’il ne le fait pas les étrangers viendront et occuperont sa place ; et nous-mêmes, peuple Karib, nous pouvons nous révolter et les combattre, car il n'a pas le droit de faire ceci, c'est-à-dire permettre que les étrangers s'installent ici…
Si nous permettons que cela continue, dans les prochaines années, il n’y aura plus de Karibs, plus de terres, car notre terre est gratuite. Ici, nous n'achetons pas la terre. Nous sommes un peuple libre, nous faisons ce que nous voulons. Nous construisons nos maisons où nous voulons, nous ne faisons pas d’emprunts à la banque. Nous construisons nos maisons sur notre terre et personne ne peut rien nous dire, qui que ce soit, à l'exception du chef.
Mais nos traditions spirituelles ont été perdues à cause de l’arrivée de Christophe Colomb. Les européens sont venus et ils ont dit que notre religion, nos traditions spirituelles n'étaient pas bonnes, que les leurs, la religion catholique, le catholicisme était le meilleur. Maintenant, nous essayons de faire revivre nos traditions spirituelles.
Personnellement, je ne vais pas à l’église. Je crois en ma propre spiritualité, la chose la plus importante dans la vie est d’être soi-même, d’avoir une haute estime de soi-même, que les gens le respectent.
Il y a beaucoup de choses que je voudrais faire dans ma vie. Je voudrais être un modèle dans ma collectivité, être un leader.
J’aimerai être un jour chef des Karibs, une femme chef des Karibs.






Les impures en français.






Francisco Rivero

La maison d’édition L’Harmattan vient de publier à Paris, un des romans cubains les plus lus depuis son apparition en 1919 : Les impures, de Miguel de Carrión.

La maison d’édition L’Harmattan vient de publier à Paris, un des romans cubains les plus lus depuis son apparition en 1919 : Les impures, de Migu
Par Zaida Capote Cruz

La maison d’édition L’Harmattan vient de publier à Paris, en juin dernier, un des romans cubains les plus lus depuis son apparition en 1919 : Les impures, de Miguel de Carrión (1). Avec cet ouvrage et son autre roman, Las honradas (les femmes honnêtes, les vertueuses) (1917) son auteur – médecin et professeur – a dessiné un diptyque immarcescible de la société cubaine des premières années de la république néo-coloniale. L'édition française, avec une couverture du cubain René Silveira, a été réalisée par l’illustre hispaniste Jean Lamore, qui s’est chargé aussi de la traduction et qui offre des notes explicatives, ce qui permettra au public francophone d'explorer les coins et recoins de l’un des plus sordides tableaux de La Havane au début du XXe siècle, un monde où la vertu n'obtient rien de plus que la dérision. Les notes du traducteur confirment ses connaissances de la culture et de l'histoire cubaine et assument avec honnêteté les difficultés affrontées quand il s’agit de traduire un terme d’une translation difficile à la langue française.
La longue et documentée présentation de Mélanie Moreau-Lebert révise le contexte lors duquel a été écrit le roman, les motivations des Carrión, le milieu du bas monde havanais et les actions des classes supérieures, ainsi que le désir permanente d'assainir la société qui, souvent, se heurte avec les intérêts de ceux qui vivaient dans (de) la politique. La discussion sur la puissance paternelle ou le divorce ; la montée du féminisme ; la traite des blanches en laquelle se convertie une grande partie de la migration féminine ; les modes marginales d’exercer la prostitution illégalement et de nombreux autres thèmes sont examinés dans la présentation, encadrant le roman de Carrión et offrant des informations utiles aux lecteurs de cette traduction en français.
Le livre, qui est vendu dans les librairies et en ligne, aura une présentation spéciale dans la plus grande librairie de Bordeaux, la Librairie Mollat, au mois d’octobre et on espère également que ce même mois il soit présenté dans l’Ambassade de Cuba à Paris.
Note
1 - Miguel de Carrión, Les Impures. Roman (Cuba, 1919). Édition française traduite et annotée par Jean Lamore. Présentation de Mélanie Moreau-Lebert. L'Harmattan, Paris, 2014, 314 p.










Le retour aux contes d' Alejo Carpentier.








Francisco Rivero





La maison d’édition espagnole AKAL vient de publier un recueil de contes d’Alejo Carpentier avec des prologues et des annotations critiques à la charge d’Eduardo Becerra.


Par, Graziella Pogolotti 

La maison d’édition espagnole AKAL vient de publier un recueil de contes d’Alejo Carpentier avec des prologues et des annotations critiques à la charge d’Eduardo Becerra. Le livre comprend les récits Guerra del tiempo (Guerre du temps) ainsi que d’autres narrations publiées indépendamment durant la vie de l'auteur et certains textes exhumés des archives de la Fondation portant le nom de l'écrivain cubain. Le volume est complété par une bibliographie et une chronologie, selon le dessin établi pour la série dédiée à l’œuvre de Carpentier, qui s'achèvera l'année prochaine avec la publication de La consagración de la primavera (La Danse sacrale)
Les pages d'introduction d’Eduardo Becerra reflètent une étude sérieuse et importante qui s’incorpore utilement dans la bibliographie passive de Carpentier, marquée par la forte proportion des travaux de chercheurs d'autres pays, une chose rare quant aux écrivains nationaux. Les multiples approches à la création de Carpentier souffrent les conséquences du manque de recherche sur la vie et les contextes qui ont marqué la maturation artistique de l'auteur d’El siglo de las luces(Siècle des lumières). Nous sommes devant une entreprise d'une grande envergure si l'on prend en compte son nomadisme forcé, l'amplitude de sa culture et les spécificités du milieu cubain, la référence principale. Dans la mesure où nous passons d'un siècle à l'autre, l'horizon historique s'estompe et les regards s’obscurcissent, conditionnés par les événements plus proches. Sans aucun doute, la Révolution cubaine a placé l'île dans une dimension inattendue, ce qui équivaut pour beaucoup à une nouvelle découverte. Elle a suscité des polémiques qui ont façonné les points de vue sur le paysage culturel du présent et du passé. En outre, le passage des années impose la prédominance des sources livresques au détriment de celles du vécu.
Le terme avant-garde est un large parapluie couvrant les diverses réalités modélisées par des circonstances particulières. La revendication du nouveau, son trait commun, s’ajuste à ce que chaque méridien historique et culturel périclite. La génération de Carpentier émerge dans une république qui n'a pas réussi à se libérer de l'empreinte coloniale et qui a subi l'intervention étasunienne. Des valeurs alourdies par l’encore récente abolition de l'esclavage avec le racisme conséquente survivent de l’hier colonial. La pénétration impérialiste dépouille de ses richesses un pays ruiné par la guerre, soumet le pouvoir politique à ses préceptes et supplante la modernité réelle par la modernisation périphérique. Les idées d'avant-garde s’ouvrent un chemin à travers du manifeste du Grupo Minorista qui inscrit la défense de l'art vernaculaire dans un programme hautement politique et social. Depuis une analyse des problèmes de la nation se définit, sans le savoir, un concept de culture. En ce sens, sa position est, à la fois, radicale et moderne.
Le manifeste minorista, comme tant d'autres documents de même nature dans le monde, rassemble, de façon transitoire, un groupe hétérogène d'intellectuels. Il définit une plate-forme commune pour provoquer une prise de conscience et conquérir un espace social. Son aile la plus avancée dans le culturel se propose à intégrer la contribution provenant de l'Afrique au patrimoine de la nation et de revaloriser toutes les manifestations de racine populaire. José Antonio Fernández de Castro et Alejo Carpentier s’orientent dans cette direction en étroite cohabitation avec les jeunes musiciens Alejandro García Caturla et Amadeo Roldán. Le renouvellement des codes artistiques rendra possible la réalisation de cet objectif. Des chemins divergents s’annoncent à l'intérieur du minorismo, avant que les circonstances politiques accélèrent l’éclatement final. Sans rompre avec la tradition du XIXe siècle, Jorge Mañach acquiert une résonance publique avec son essai La crisis de la alta cultura en Cuba (La crise de la haute culture à Cuba). Situé aux antipodes de l'illustre penseur cubain, Carpentier, ainsi que ses amis compositeurs, se place dans le courrant le plus fécond de la culture nationale au XXe siècle. Ses recherches artistiques et vécues l’amènent à s'installer dans les travaux germinaux de Fernando Ortiz et dans l’analyse historico-sociale de Ramiro Guerra.
Quand arrive l’époque de sa célébrité littéraire, Carpentier doit accepter de nombreuses entrevues. Dans chacune d'elles il attribue sa découverte de l'Amérique à l'étude systématique de l'histoire et de la culture du Nouveau Monde durant son séjour prolongé en Europe dans les années 30 du siècle dernier. Toutefois, son regard rétrospectif tente de dégager le sens profond des années génésiques du minorismo. L’écriture d’El clan disperso, un roman inachevé et finalement mis au rebut, répond à cette préoccupation. Les textes conservés ont une valeur testimoniale. Ils racontent l'histoire de la transition de l'enfance à l'adolescence d'un asthmatique confiné à l'isolement dans une habitation qui préserve l'image détériorée du luxe d'antan. La dernière crise financière causée par l'irresponsabilité paternelle plonge la famille dans la périphérie de la ville et dans la misère absolue. Dans cette conjoncture imprévue il connaîtra et rencontrera des contemporains mus par des inquiétudes artistiques similaires aux siennes. Les intérêts partagés promettent de sceller un lien fraternel indissoluble. La vision du port et de la mer souligne le motif obsessionnel du voyage inspiré par la nécessité d'explorer de plus amples horizons. Tout porte à croire que, de retour à Cuba après plus d'une décennie de permanence à Paris, l'écrivain perçoit un vide insurmontable autour de lui. Caturla et Roldán sont morts jeunes. Les autres amis, ayant abandonnés les illusions juvéniles, bénéficient d'un statut social définitif alors qu’Alejo fréquente les salles de rédaction des journaux et les stations de radio pour survivre en attente du temps et de l'espace indispensable pour la cristallisation de son œuvre.
Peu valorisé pour les exégètes, La consagración de la primavera offre des clés autobiographiques que l’on doit calibrer avec soin. Enrique émigre à Paris pour échapper à la répression de Machado. Il s'engage dans la politique pour sa condition d'étudiant universitaire. Il n'a rien à voir avec le mouvement des idées né du minorismo. Il se comporte comme un dilettante cultivé dans la capitale française. Il participe à la guerre d'Espagne. L’amer sentiment de la défaite qui l’accable avec le départ des brigades internationales, reflète la déchirure dramatique d'une gauche qui récupèrera l'esprit de combat pour s'engager dans la résistance à partir de l'occupation nazie. Le choix du titre du roman et les réflexions de Vera pour découvrir le lien possible entre Stravinsky et la tradition de danse afro-cubaine sont beaucoup plus révélateurs. Le rythme et les mythes ancestraux nous renvoient aux années fondatrices de l'avant-garde cubaine. Dans une plus large dimension historique et culturelle, le projet inachevé d’alors s’enlace avec les possibilités ouvertes par la Révolution. L’heure de faire ses adieux à la vie est arrivée, Carpentier reconnaît implicitement l'essence durable de ce germe prometteur.
Dans La consagración de la primavera se manifeste, en outre, le dialogue persistant entre l'ici et le là. Vera revient à Paris en quête de soutien pour monter son ballet. Elle a perdu l’hier, reconnaissable uniquement dans le modeste restaurant où elle  rencontrait les mêmes saveurs, le service d'autrefois. Pour le reste, elle éprouve l'irrémédiable distance qui la sépare d'amis, gavés de bien-être et corrompus par la complicité avec l'occupation allemande. Là, nous touchons le thème de la décadence de l'Occident et l'influence de Spengler, hypertrophié, à mon avis, par la critique.
Il est bien connu que la Revista de Occidente  et la pensée d'Ortega y Gasset ont exercé une fascination incontestée sur les intellectuels latino-américains dans la génération de Carpentier. Après la rupture avec l'ancienne métropole, le dialogue avec l'Espagne s’échelonne à travers les générations de 98 et de 27. Ortega acastillanisé des zones de la pensée allemande. La réflexion sur l'histoire a toujours accompagné Carpentier, inscrit dans un monde configuré par la conquête et la colonisation, par les guerres d'indépendance. Dans le cas de sa petite et étroite île, la position géographique la situait sur un point de croisement des intérêts des puissances dans un trafic constant de différentes cultures. D'autres philosophes ont imprégné l'atmosphère culturelle de la période. Nietzsche a beaucoup captivé pour son souffle politique et son contrepoint avec Richard Wagner. Dans la bibliothèque personnelle de Carpentier on conserve une copie de l'Origine de la tragédie. La métaphore de l'éternel retour est présente dans la façon d'observer la forêt de l'Orénoque lors du premier parcours de Carpentier sur le grand fleuve. Toutefois, il est évident que El ocaso de Europa, le titre d'une série d'articles publiés au cours de la Seconde Guerre Mondiale, est une allusion ironique à Wagner, converti en paradigme du nazisme.
Écrits au jour le jour dans la chaleur de la couverture de l'actualité de la Seconde Guerre Mondiale, les articles publiés par Carpentier dans Carteles et Tiempo Nuevo entre 1940 et 1941, ont été rédigés sous les effets de la déchirure personnelle et de ses expériences dans le Paris des années 1930. Il a alors assisté aux premiers signes de déclin de l'âge d'or de Montparnasse, l’axe centripète de l'avant-garde intellectuelle de l'époque. Il a pu comprendre rapidement que le marché de l'art était transféré à New York, avec l'émigration des artistes, des musiciens et des écrivains persécutés par le nazisme. Quelque chose de similaire était arrivé un peu avant avec les exilés de la République Espagnole, répartis entre les centres universitaires nord-américains et les pays d'Amérique du Sud. Les faits concrets de la réalité conduisaient à une remise en question de la relation entre l'ici et là. Avec ses essais, ses conférences et ses entrevues, le propre Carpentier a contribué à focaliser sa pensée culturelle sur la célèbre définition du « réalisme magique ». Il est intéressant de contempler l’analyse avec la recherche beaucoup moins répandue parcourrant les pages de Tristán e Isolda en Tierra. Le prologue du Royaume de ce monde a la condition polémique d'un manifeste, Tristán e Isolda… est beaucoup plus dubitatif. Le texte avance au moyen d’une succession de questions implicites. La question sur la connexion entre le local et l'universel impose une relecture des spécificités de l'Amérique Latine, où une société créole conserve la proximité des guerres d'indépendance avec son défilé héroïque dans lequel se trouvent des personnalités féminines uniques. On pourrait penser que la Sophia du Siècle des Lumières émerge comme la dernière braise de ces idées, tout ce qui indique, en outre, le sauvetage du vrai romantisme. Il propose l’abandon de certaines étiquettes, de certain excès de la gallomanie dominante de l'euphorie avant-gardiste d'antan pour se pencher sur des zones de la culture espagnole.
Toute œuvre littéraire durable se forge dans un processus de construction d’un savoir au moyen des propres voies,  étrangères aux méthodes de la science positive. L'impulsion créatrice naît des questions de base posées par l'homme depuis les temps les plus reculés, toujours le mêmes et toujours renouvelées. Elles transitent par des raccourcis et des labyrinthes dans lesquels, parfois, le fil d'Ariane glisse entre les mains comme si on le perdait. L'écrivain est notre interlocuteur car tous, en certaine mesure, partageons des moments d'angoisse existentielle. La cosmovision intègre dans un seul faisceau le sens de la vie et des valeurs, dans sa relation avec l'histoire, et les aspirations à la transcendance, la signification de la mort, la condition humaine exprimée entre le libre arbitre et le déterminisme, le contingent et la substance de l'espèce, les conflits passionnels de Paolo et Francesca et Tristan et Iseult. Les coutumes périclitent, les hiérarchies sociales se modifient, mais les enjeux du pouvoir demeurent. L’œuvre de Carpentier garde les secrets qui se révèlent dans les ruisseaux qui alimentent un courrant mayeur et dans les lectures successives illuminées par les caractéristiques d'époque et par les perspectives esquissées à partir de chaque point de vue spécifique.

San Francisco de Asis un temple de l'art.







Le Couvent et l'Église de San Francisco de Asís dans la Vieille Havane, ancien lieu de culte et de prière, est un temple culturel par excellence aujourd'hui.




Par, María Victoria Pardo

Ancien lieu de culte et de prière, aujourd'hui temple culturel par excellence, le Couvent et l'Église de San Francisco de Asís se trouve parmi les expressions le plus représentatives de la vocation humaniste et restauratrice du Bureau de l'Historien de la Ville de La Havane (OHCH).
Récupéré dans les années 90 du siècle dernier par une équipe dont le principal concepteur a été le Prix National d'Architecture Daniel Taboada, l’emblématique édifice situé sur la place du même nom, composé de l’église et des cloîtres Nord et Sud, propose de montrer des œuvres d'art dont le grand symbolisme rappellent ses deux étapes (1575-1719 et 1739-1842) comme une basilique mineure des Franciscains.
L'impressionnante majesté du complexe religieux vu de l'extérieur, que ce soit depuis la rue Oficios où est sa façade principale, depuis le côté de la place, ou depuis la baie havanaise, est la première preuve de son excellence et de son mysticisme. On peut également observer sur la tour, depuis la Plaza de San Francisco, une sculpture de Santa Elena, la patronne des Franciscains de Cuba et la Floride, qui a été dévastée en octobre 1846 par le cyclone connu comme Cordonazo de San Francisco et qui a été remise à sa place originale.
En franchissant le seuil on arrive dans l’ancienne église et on voit le Christ, ce qui détermine ce sentiment de paix que l’on ressent seulement dans les lieux de culte. Cette pièce, offerte par le comte d’O’ Reilly au temple, est l'une du plus précieuses pièces de la collection exposée en permanence, assure Beatriz Sardiñas, chef du département de muséologie.
Lors de fouilles dans cet endroit on a découvert des évidences archéologiques de sépultures de gouverneurs, de généraux, d’amiraux, de la marquise de Monte Claro, vice-reine du Pérou, ainsi que les restes de Luis de Velasco, l’héroïque défenseur du Morro durant l'attaque anglaise de La Havane en 1762, car la coutume de l'époque était d'enterrer les morts dans les églises, un fait qui s’est maintenu jusqu'à la construction du premier cimetière, celui d’Espada, en 1806.
L’église est aujourd'hui une salle de concert qui parie sur la musique de chambre et la chorale, est le siège de répétition de groupes comme celui de Liuba María Hevia, de la Camerata Romeu et de la Schola Cantorum Coralina, dirigé par la professeur Alina Urraca. Là, un spectacle est présenté chaque samedi et il est ensuite diffusé par la station de radio de l’OHCH, Habana Radio, dans son programme « Concertazo », le dimanche à 20 heures.
Le fonds artistique de l’institution compte environ 400 pièces, parmi celles étant exposées et celles gardées dans l’entrepôt. Il y a des collections d'orfèvrerie, d’imagerie, de peintures et de meubles, ayant les plus divers motifs religieux ou se référant à l'époque du couvent, ainsi qu’un véritable trésor d’objets en céramique trouvés lors des fouilles, aussi bien dans l'église que dans le couvent.
Les salons supérieurs proposent des expositions transitoires du plus représentatif des arts plastiques cubains. San Francisco de Asís accueille divers forums annuels, dont la Biennale Internationale d’Architecture de La Havane, le Salon de la Ville, les Rencontres Internationales de Management et de Gestion des Centres Historiques, et d'autres convoqués par le Bureau de l'Historien et de plusieurs institutions.
Grâce à un projet collectif avec la Belgique, l’organisation « Luthier sans Frontières » prépare les futurs restaurateurs de violons, dans un atelier de l’institution. L'initiative contribue au développement économique local, génère des emplois et offre un service pratiquement inexistant dans tout le pays. La « Aula en el Museo » (Classe dans le Musée) est un cadeau pour la spiritualité des enfants, c’est une expérience sans précédent du Centre Historique de La Havane, à laquelle se joint cet emporium de l'art sacré.
Une petite salle de théâtre pour les enfants a également été construite dans l'espace inférieur de la Chapelle du Troisième Ordre, alors que la partie supérieure accueille un conservatoire de musique pour l'apprentissage des jeunes talents.
Le jardin « Mère Teresa de Calcutta », un espace en plein air illuminé par la végétation compte maintenant une petite Église Orthodoxe Grecque, accessible à partir du couvent et de la place.
Et pour souligner l’ensemble, une sculpture en bronze de l'artiste Villa Soberón, représentant l’estampe la plus vivante de La Havane, celle du « Caballero de París » qui se promenait dans les rues de cette ville au XXe siècle et qui a fait l’histoire à côté de l'un des gigantesques portes de San Francisco de Asís. Cette sculpture du célèbre délirant semble accueillir les visiteurs, cet homme qui, avant de mourir, a avoué dans un moment de lucidité : « Je ne suis pas le Caballero de París, ce n’est plus une époque pour les nobles et les chevaliers errants ».








jeudi 2 octobre 2014

Le Mambo. Damaso Perez Prado.




À vingt-cinq ans de sa disparition physique, on rend hommage à ce remarquable compositeur et arrangeur cubain qui a largement contribué à faire connaître au monde un des genres les plus populaires: Le Mambo.


Lino Betancourt Molina





De nombreuses personnes ignorent que l'auteur de la mélodie Suite exótica de las Américas (Suite exotique des Amériques), souvent identifiée avec la mort du Commandant Ernesto Ché Guevara, est du compositeur Dámaso Pérez Prado.
Ce notable pianiste, arrangeur et compositeur est né à Matanzas (Cuba) le 11 décembre 1917 et décédé à Mexico le 14 septembre 1989.
Mais, parlons de cette extraordinaire suite symphonique. En 1963, le producteur de la RCA Victor japonaise lui a proposé qu’il écrive une œuvre symphonique exprimant le caractère de la musique des Amériques. Cette mélodie est sortie la même année dans le théâtre de Las Américas de New York et elle a été enregistrée la même année à Hollywood. La pièce, de 16 minutes et demie, est structurée en sept parties. Cependant, la renommée de Dámaso Pérez Prado lui vient pour être considéré par de nombreux critiques de musique comme le véritable créateur de mambo.
La vérité est que le chanteur cubain Benny Moré a été celui qui a le plus contribué à faire croire que Pérez Prado est l'auteur incontesté du genre musical mambo.
Au milieu de l'interprétation de Mambo nº 5, Benny More pose la question : « Qui a inventé le mambo qui me provoque ? » Et lui-même répond : « Un petit gros avec une tête de phoque ! » Il se référait évidemment à Dámaso Pérez Prado.
Ces qualificatifs ne dérangeaient pas Pérez Prado. Au contraire, il remerciait Benny Moré qui plaidait en sa faveur quant à la polémique de l'époque mettant en doute la paternité du nouveau rythme appelé mambo. Bien que Pérez Prado commençait à être appelé « Le Roi du Mambo », beaucoup de gens pensaient autrement. Arsenio Rodríguez, Antonio Arcaño et Orestes López disaient être ses créateurs.
Mais Dámaso Pérez Prado, avec la puissante aide de la merveilleuse voix de Benny Moré, le « Bárbaro del Ritmo », s’impose et obtient que la balance s’incline en sa faveur ; même si aujourd'hui on questionne encore qui a inventé réellement le mambo.
Il a étudié la musique avec Rafael Somavilla Pedroso et il a débuté comme pianiste dans l’orchestre charanga de Senén Suárez. Trouvant la ville de Matanzas trop petite, il est venu à La Havane pour tenter sa chance, comme tant d'artistes. Son talent lui a ouvert les portes, pas celles du succès, mais il gagnait sa vie comme arrangeur. Après être passé d'un orchestre à l'autre durant trois ans, tels que ceux de Paulina Álvarez, des frères Palau et de Julio Cuevas et s’être présenté dans les cabarets de la Playa de Marianao – alors la Mecque du son -, il a obtenu que Liduvino Pereira l’incorpore dans le célèbre orchestre qu’il dirigeait : le Casino de la Playa. Lors de cette année, 1943, le plus célèbre chanteur était Orlando Guerra « Cascarita » et les arrangements du pianiste de Matanzas lui plaisaient beaucoup.
En 1946, la puissante maison discographique Victor lui donne l'occasion d'enregistrer et Pérez Prado compose deux morceaux – chantés  bien sûr par « Cascarita » - et deux pièces instrumentales. Mais rien ne se passe. L'un d'elle est appelée « trompetiana » et il dit que c'est un mambo.
Ensuite la maison Panart lui donne une autre chance. Il enregistre un morceau intitulé Panama en 1948 et il affirme que c'est un genre musical appelé « Mambo Kaen ». Une nouvelle fois rien ne se passe.
Etant donné qu'il n'avait aucun succès à Cuba il décida de tenter sa chance au Mexique. Là il rencontre la danseuse cubaine Ninon Sevilla, qui l'a aidé à percer. Pérez Prado a compris qu’il devait intégrer la danse avec la musique, et un groupe d'excellentes danseuses cubaines et mexicaines se sont chargées d’apporter le mambo sur scène. Il y a de nombreux cabarets et théâtres au Mexique proposant de la musique et le mambo a attiré rapidement l’attention par la nouveauté de son rythme.
La Victor s’est appropriée des œuvres de Pérez Prado, et avec Benny Moré chantant les mambos, elle s’est arrogée du triomphe. Mambo nº 5, Mambo nº 8,Caballo negro, Mambo batiri, Qué rico el mambo et de nombreux autres morceaux ont conquis la faveur populaire. Ensuite il a obtenu aussi du succès pour son génie comme orchestrateur et l’excellence des musiciens qui conforment son orchestre.
Mais Pérez Prado n’a pas seulement été un compositeur de mambos, dans les années soixante il commence à composer d'autres rythmes, comme le dengue, le pau pau, le culeta, la chunga, etc. Mais aucun n'a eu du succès. Il reste à jamais comme « Le Roi du Mambo ».
Les choses de l'art musical sont bizarres. En raison de problèmes de jalousie professionnelle, Pérez Prado est expulsé du Mexique au début de 1960, mais il revient en 1964. Afin de prouver qui il était comme compositeur, il a créé une mélodie en prenant comme thème une pièce d’un autre compositeur et il propose une oeuvre qui le place rapidement dans le hit-parade. Son oeuvre la plus connue, au moins à Cuba - après les célèbres mambos – est Patricia, prise par l'Italien Federico Fellini en 1960 pour le film La Dolce Vita.
Je pense que le compositeur cubain étant le plus présent dans des films a été Pérez Prado. Le premier film avec sa musique est Coqueta, en 1949, ayant son amie Ninón Sevilla dans le rôle principal. Ensuite sont venus Al son del mambo, Amor perdido, Aventuras, Del can can al mambo, La niña Popof  (avec María Antonieta Pons), Las interesadas, Las tres alegres comadres, Las huéspedes de la marquesa, México nunca duerme, Perdida, Serenata en Acapulco, Víctimas del pecado, Salón de baile, Underwater, Cha cha cha Bon, El dengue del amor, Kika, Debajo del aguaet, bien sûr, La Dolce Vita. Un autre compositeur cubain a-t-il plus de musique dans le cinéma ?
Pérez Prado, après avoir passé quelques années aux États-Unis et réalisé des tournées avec son orchestre en Argentine, au Panama, au Venezuela, aux Philippines et au Japon, s’est installé définitivement au Mexique en 1964.
Son désir d'être au sommet de la gloire l'a poussé à créer de nouveaux rythmes. Mais il échoue. Il a enregistré plus de cent albums, la quasi-totalité d'entre eux visant à conquérir le goût nord-américain.
Tout à une fin dans la vie. La gloire du « Roi de la Mambo » s’éteint. Des nouveaux rythmes surgissent, supplantant le mambo du goût du public. Il continue avec le mambo au Mexique, mais il n'est plus le même. Malgré le fait qu'il a déclaré à plusieurs reprises qu'il viendrait à Cuba, il ne l'a pas fait.
Il n’y a aucun doute qu'avec son talent, son puissant orchestre et la voix de Benny More, il a mis à la mode un nouveau genre ayant encore - pourquoi pas ? - ses admirateurs, mais s’il n’est plus dansé.
À vingt-cinq ans de sa disparition physique, nous nous souvenons de ce remarquable compositeur et arrangeur cubain qui a largement contribué à faire connaître un des genres les plus populaires dans le monde avec son talent artistique. Avec ses créations magistrales, aidé par des interprétations uniques du « Bárbaro del Ritmo », on se souvient de lui comme le créateur du mambo, car – même s'il est vrai que d’autres auteurs cubains ont contribué à la création de ce genre musical – c’est lui, avec son génie, qui l’a fait connaître mondialement.
Sources consultées :
- Díaz Ayala, Cristóbal : Cuando salí de La Habana. Fundacion Musicalia, Puerto Rico, 1999.
- Giro, Radamés : Diccionario Enciclopédico de la Música en Cuba. Maison d’édition Letras Cubanas, 2009.








"Les fanfares" de Cuba.







Le groupe ou fanfare, ainsi appelé à la française, est apparu au début du XXe siècle, dérivé de l´orchestre typique à vent. D´abord, il a principalement interprété du danzón . Après, avec l´apparition du cha-cha-cha dans les années cinquante, il est devenu un relais idéal pour la culture de ce genre. Le groupe se composait de trois chanteurs et de musiciens jouant de divers instruments: flûte,  violon, piano, basse, güiro, conga et violon. 
Orchestre Aragon, l’une des charangas de plus anciennes de Cuba

Tout au long du XXe siècle, on a fondé de nombreuses fanfares qui ont été très populaires. Une des premières a été celle de Tata Alfonso, dirigée par le flûtiste Octavio Alfonso. l´Orquesta América, fondée par Ninón Mondejar en 1942 été la première qui a interprété le  cha-cha-chá.

Une des plus remarquables fanfares,  a été l´Orquesta Aragón, qui a été fondée vers 1939 à Cienfuegos. Elle a été dirigée par le bassiste Orestes Aragón puis par Rafael Lay. Une fois établie à La Havane, elle a commencé l´enregistrement d´albums et des représentations dans de nombreux endroits dans le pays. Plus tard, elle s´est rendue dans différents pays d´Amérique, aux Etats Unis, en Europe et en Asie. Actuellement, elle est encore active sous la direction de Rafael Lay junior.

L´orchestre Original de Manzanillo a été fondé par Pachy Naranjo dans les années soixante. Jouant essentiellement lecha-cha-chá et le son, elle a exploré ensuite de nouveaux rythmes. Le test décisif a été la présentation de leur répertoire aux carnavals des grandes villes cubaines et dans d´autres pays d´Amérique Latine et d´Europe. Aujourd´hui elle est justement considérée comme une grande fanfare.